La lettre en audio:

Lettre ouverte à la RTBF, jusqu'à présent restée sans réponse...

Objet: Réaction sur les informations à propos de la réforme de l’aide juridique et sur l’article publié suite à l’élection d’Emmanuel MACRON et de son projet d’inviter les personnes handicapées à rentrer en France.

Bonjour,

Suite aux informations sur l’aide juridique données par Michel Lagase au journal radio de huit heures ce 2 mai, il semble nécessaire de relever que la RTBF oublie de préciser que la réforme supprime l’automaticité du droit à l’aide juridique pour les personnes en situation de handicap. La définition de l’aide juridique donnée au journal laisse penser que celles-ci, de par leur statut, disposent toujours de ce droit. Or, ce n’est pas le cas.

Depuis la réforme, le fait qu’une personne handicapée ne dispose pas assez de revenus et qu’elle puisse d’office bénéficier de l’aide juridique de seconde ligne n’est plus irréfragable. Alors qu’auparavant, son état d’indigence était présumé par le seul fait qu’elle perçoive une allocation de remplacement de revenus, maintenant elle doit, elle-même, apporter la preuve de l’insuffisance de ses moyens d’existence. De plus, le calcul de ses revenus tient compte du fait qu’elle touche une allocation d’intégration et des revenus de la personne cohabitant avec elle. C’est un véritable recul social qui est passé sous silence.

Ceci est d’autant plus grave qu’il est reconnu que le handicap génère de nombreux coûts supplémentaires. Il suffit de voir le prix des aides techniques et des services (comme les transports adaptés) nécessaires à l’inclusion sociale pour se rendre compte de leur cherté. Dès lors, l’épargne devient un moyen indispensable pour être en mesure d’assumer financièrement son autonomie. Elle ne peut absolument pas être considérée comme la preuve d’une aisance établie et, encore moins, comme le signe d’une capacité à payer des frais de justice.

La RTBF ne parle jamais de ces impacts de la réforme de la justice. Il lui est un peu facile de ne donner que de vagues explications et de laisser les gens continuer de penser que les droits sociaux des handicapés sont préservés. Ceci alors que, dans la réalité, ils ne le sont pas.

L’incomplétude de l’information sur l’aide juridique n’est pas le seul dossier relatif au handicap à propos duquel la RTBF manque d’exactitude. La parution de l’article « Le handicap, priorité pour Macron: les handicapés français en Belgique vont-ils partir? » le 9 mai dernier sur le site Info de la RTBF, marque aussi un manque de vigilance à relater l’actualité de ce champ de la société. Cette fois, il semble nécessaire de manifester de la désapprobation quant à la manière dont la RTBF couvre ce qu’il se passe au niveau de la politique du handicap en Belgique.

Malheureusement, les informations qu’elle donne à ce sujet témoignent d’un point de vue partial et d’une connaissance trop sommaire pour être susceptible de rendre compte de la complexité des enjeux qui se jouent au sein de ce secteur.

Dans l’article, plusieurs expressions relatent d’une prise de position en faveur du maintien des institutions en Belgique et de l’inquiétude pour l’emploi si jamais celles-ci venaient à ne plus tirer profit de « l’exode des Français vers les institutions ». Parmi d’autres, il semble opportun de pointer la mise en évidence d’un « savoir-faire en matière d’encadrement du handicap… » et une certaine marque de soulagement de relater les propos de Xavier Jonnaert pour qui « l’offre Outre-Quiévrain est nettement insuffisante pour combler la demande… ».

Or, cette perspective de maintien des institutions se trouve en décalage complet avec les engagements internationaux de la Belgique et les objectifs d’inclusion sociale.

Il ne s’agit donc plus de s’inquiéter du nombre de places dans les centres d’hébergement. Mais plutôt de voir comment des hommes et des femmes, qu’ils soient enfants ou adultes, peuvent vivre avec leur handicap et exercer leur liberté de choix dans une société qui accepte leurs différences. L’article 19 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées ne dit pas autre chose lorsqu’il stipule que les États Parties « reconnaissent à toutes les personnes handicapées le droit de vivre en société avec la même liberté de choix que les autres personnes… » et qu’elle donne le droit à ces personnes de choisir leur lieu de résidence et « avec qui elles vont vivre et qu’elles ne soient pas obligées de vivre dans un milieu de vie particulier ».

Craindre pour des pertes d’emploi ne semble pas non plus justifié. Si l’importance des institutions diminue, cela ne signifie pas pour autant que l’emploi va disparaître. Bien au contraire. L’inclusion des personnes en situation de handicap demande de créer une vaste gamme de services susceptibles d’apporter l’aide et les soins aux personnes de manière à ce qu’elles puissent choisir de vivre chez elles et participer à la vie sociale. La mise en place de ces services va générer de nouvelles offres d’emploi et d’autres opportunités de développement de l’économie.

L’inclusion sociale, c’est aussi une question de regard sur le handicap. C’est l’adoption d’un nouveau prisme de mentalités où la personne qui en est atteinte n’est plus perçue comme quelqu’un qui a besoin d’être encadrée et de vivre dans un milieu spécifique mais peut faire ses propres choix de vie et habiter où bon lui semble. Ceci pour autant, bien sûre, qu’elle ait accès à l’aide de services.

Il semble inutile de rappeler combien la RTBF est un média d’informations important dans l’espace francophone belge. Elle a d’ailleurs une audience qui dépasse les frontières du pays et bénéficie d’une autorité internationale reconnue en matière de diffusion des nouvelles.

Elle a donc une influence non négligeable sur la façon dont les gens perçoivent les actualités et les enjeux de la société contemporaine. Le fait qu’elle donne une information partielle et ne prend ses sources que d’acteurs sociaux ayant une position semblable au sein du secteur du handicap (l’un est directeur d’une institution, l’autre est président) incite les gens à penser qu’il est normal que les handicapés vivent dans des institutions et doivent être encadrés.

C’est précisément cet allant de soi qu’il convient de briser et que la RTBF peut contribuer à renverser. Par une référence plus appuyée à la Convention de l’ONU et par un exposé des implications de celle-ci sur la façon dont le handicap doit être perçu au sein de la société, elle a les moyens de favoriser l’apparition de mentalités et de représentations plus justes à l’égard des personnes en situation de handicap.

Qu’attendez-vous ?

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ce courrier.

Paul Van Walleghem
Sociologue & personne en situation de handicap.

Contact: info@desinstit.be